Cours 3 : Développement Flashcards
Modèles développementaux
Ces modèles décrivent le développement de formes de vulnérabilité de la personnalité (en interaction avec les facteurs biologiques)
Ces événements viennent aborder les capacités de régulation et favorisent l’apparition d’un TPB
Événements critiques
Abus sexuels
Abus physiques
Réponses invalidantes
L’environnement intérieur
Les premières années sont déterminantes dans la formation de la personnalité
Les relations avec les proches sont «intériorisées » (relations d’objet)
Les relations d’objet internes sont l’union de : représentations de soi - un affect - une représentation de l’objet
Les perceptions de soi et des figures parentales forgées au cours des expériences précoces vont colorer comment un individu se perçoit et perçoit les autres dans la vie adulte
Melanie Klein
Certains naissent avec une pulsion agressive plus forte (facteur biologique)
Plus vulnérables à la frustration, ils sont «fixés »au stade oral, source de frustrations trop intenses
Par une chaîne de projections et d’introjections, les objets internes devient sadiques et envieux (position schizo-paranoïde) - le monde lui en veut si les choses vont mal pour l’enfant
Stade de développement des enfants, qu’on revit à l’âge adulte sous la forme d’attitude/position émotionnelle
Afin de sauver les bons objets internes, ils ont recours au mécanisme de clivage; les objets et soi deviennent alors soit tout bons ou tout mauvais, tout gratifiants ou tout frustrants
Développe également le concept d’identification projective (forme primitive de projection) : une partie de soi est «déposée »à l’intérieur de l’autre - ex. : enfant en colère qui cause de la colère chez les autres - l’autre devient cette colère qui était la mienne à la base, s’arrange pour que l’autre soit en colère
Les personnes qui ont un TPB utilisent le clivage et l’IP
Donald W. Winnicott
Le rôle de la mère est essentiel dans le développement de l’enfant («un bébé, ça n’existe pas » - toujours avec sa mère)
Pas juste une personne qui projette; la personne devient ce qu’elle est par une relation
Une mère suffisamment bonne assure un maintien (holding) de l’enfant et lui présente l’environnement de sorte qu’il n’est pas désillusionné trop rapidement
Elle favorise la mise en place d’un espace transitionnel dans lequel la mère satisfaisante est «trouvée/créée »par l’enfant
L’enfant utilise des objets transitionnels, substituts symboliques de la mère, pour opérer une autonomie progressive
TPL ont plus d’objets transitionnels, mais qui sont inadéquats (conceptualise les dépendances comme un objet transitionnel qui marche pas) - mère pas assez bonne
La mère suffisamment bonne se laisse également utiliser par son enfant en tolérant et en «survivant »à ses attaques de colère (la mère ne cherche pas à se venger)
L’enfant désillusionné trop rapidement devient excessivement frustré et en colère (ne vaut rien parce que pas capable de créer ça)
Les objets transitionnels sont utilisés concrètement de façon compensatoire : perversion, abus de substance, dépendances ou addictions diverses (dont relationnelles)
Les adultes TPB utilisent plus d’objets transitionnels que les adultes souffrant d’autres troubles mentaux
Selon Modell (1963), les autres, dont le thérapeute servent d’objet transitionnel au TPB
L’enfant trop utilisé par la mère pour satisfaire ses besoins à elle, ou trop contrôlé, développe un faux si (trouble de l’identité qui est « détournée », personnalité « as if »)
Phases successives de la naissance psychologique de l’être humain de Margaret Mahler
Phase autistique normale (0 à 1 mois)
Phase symbiotique normale (1 à 5 mois) : stade fusionnel avec maman, juste l’unité fusionnel existe avec un monde extérieur
Processus de séparation-individuation : l’enfant apprend à se séparer de l’unité avec la mère
Phase de différenciation (5 à 9 mois) : signes de dé synchronisation
Période des essais (9 à 16 mois) : commence à marcher, à l’air grandiose dans ça, narcissisme
Phase de rapprochement (16 à 24 mois) : s’aperçoit que sa mère n’est pas toujours là (phase mom less) - conscience douloureuse - doit trouver le bon timing (pas se séparer trop tôt ou trop tard)
Permanence de l’objet (24 à 36 mois) : intériorisation d’une «bonne maman »et moins l’impression d’être dépendant et seul, autonomie (manque chez le TPL)
Phase de rapprochement
L’enfant sort de sa bulle de toute-puissance et devient sensible au fait qu’il est séparé de sa mère; il vit alors en même temps l’angoisse d’être séparé et le désir de poursuivre son autonomisation
L’enfant est ambivalent vis-à-vis de la mère et alterne entre des moments de rapprochement (clinging) et de prise de distance (darting away)
L’enfant est également plus colérique et anxieux; il a moins confiance en lui et va chercher plus activement l’attention de sa mère. Bref, l’enfant à cet âge n’est pas facile: il n’est jamais content, il est plus exigeant et il ne sait pas ce qu’il veut…
Si la mère tolère mal cette ambivalence (par ex. n’aime pas que l’enfant devienne autonome), la phase de rapprochement ne se résout pas; l’enfant finit par croire que toute manifestation de colère ou d’individuation va provoquer un retrait de l’investissement/amour maternel
Pour que la permanence de l’objet soit atteinte, il faut une résolution de la phase de rapprochement, avec l’intériorisation d’une représentation positive de la mère et de sa disponibilité
Cette permanence émotionnelle de l’objet fait défaut chez l’individu borderline qui ne tolère pas la séparation qu’il vit comme un abandon
Selon James F. Masterson (1981), le TPB est «fixé» à la phase de rapprochement
Critère 2 : Mode de relations interpersonnelles instables et intenses
Ce critère est inspiré des travaux de Kernberf sur le clivage
Si une personne devient importante, elle est perçue comme pouvant combler les manques précoces et elle est idéalisée
Puisqu’elle ne peut combler les manques, la personne devient décevante et le borderline devient enragé, faisant basculé le clivage vers le mauvais
Malgré la frustration, le borderline ne peut quitter le proche : le chaos (voulu), répétition de relations passées, et préférable à l’abandon … et le cycle recommence
John Bowlby
Selon lui, tous les enfants ont une tendance innée à s’attacher à la personne qui prodigue les soins de base
La fonction adaptative de cette tendance est le développement de comportements qui visent à maintenir la proximité de cette personne (par ex. sourire ou pleurer pour susciter un rapprochement) pour augmenter ses chances de survie
À partir des premiers échanges se rapportant à comment la personne soignante a réagi à ses réactions émotionnelles, l’enfant vit un sentiment de sécurité ou d’insécurité
Il se forge également un système de représentations de soi et des autres (internal working models) qui servira de modèle aux relations futures de l’adulte
Une classification des styles d’attachement
Mary Ainsworth
Situation étrange
Sécurisés (secure)
Insécurisés-évitants (avoidant)
Insécurisés-préoccupés (anxious-ambivalent)
Désorganisés-désorientés (disorganized-disoriented)
Styles d’attachement
Sécurisés :
Ils explorent leur environnement en la présence du parent, sont anxieux devant l’étranger et l’évitent, sont en détresse lors de la brève absence du parent, recherchent rapidement son contact à son retour, sont vite consolés et reprennent alors leur exploration
Insécurisés-évitants :
Certains enfants ne semblent pas être trop anxieux de la séparation avec le parent, ne recherchent pas sa proximité à son retour et ne préfèrent pas le parent à l’étranger
Insécurisés-préoccupés :
Ils montrent une exploration limitée, sont très en détresse lors de la séparation du parent et ont de grandes difficultés à être consolés. Ils démontrent un comportement de résistance à la consolation et ils manifestent de l’anxiété ainsi que de la colère face au parent
Désorganisés-désorientés :
Ils démontrent des comportements désorganisés, comme l’absence de mouvements, battre des mains, se cogner la tête sur un mur ainsi que la tendance à essayer de fuir la situation même dans la présence du parent; peut être expliqué par la proximité à un objet source à la fois de menace et de réassurance (donc associé à l’expérience de traumas)
Le style d’attachement chez l’adulte
Main a développé une méthode d’évaluation des styles d’attachement à partir d’une entrevue semi-dirigée de 20 questions qui portent sur certaines interactions avec les figures d’attachement: Adult Attachment Interview (AAI)
Cinq catégories d’attachement sont évaluées:
Sécurisés :
Décrivent les aspects positifs et négatifs de leurs expériences de l’enfance de façon ouverte et cohérente; sont réalistes, flexibles et indulgents dans leurs relations
Préoccupés :
Parlent longuement de leurs expériences et de façon confuse et incohérente; manquent de distance vis-à-vis leurs relations passées
Évitants :
Dévalorisent leurs relations d’attachement ou les décrivent de façon idéalisée et finissent par se contredire
Non résolus (par rapport aux traumatismes ou pertes)
Démontrent des dérapages dans leur raisonnement; ils peuvent être cohérents mais donner des explications très peu plausibles
Non classifiable :
Désorganisation plus générale du discours et utilisation inconsistante de différentes stratégies d’attachement
Correspondances attachement adulte-enfant
Sécurisés/autonomes Sécurisés de Ainsworth
Préoccupés Insécurisés-préoccupés
Évitants Insécurisés-évitants
Non résolus (unresolved) Désorganisés-désorientés
Non classifiables (cannot classify)
Style d’attachement du TPB
Les individus présentant un TPB ne sont pas particulièrement caractérisés par un style d’attachement spécifique
Puisque même des normaux peuvent présenter ces styles d’attachement, il semble que l’on puisse retrouver une gamme de niveaux fonctionnement à l’intérieur de chaque style (par ex. des préoccupés qui fonctionnent plus ou moins bien)
La prédiction était une association au style non résolu (désorganisé)
Puisque seulement la moitié des borderline sont non résolues, il doit exister d’autres facteurs de causalité
Attachement comme cause distale
Le lien entre l’attachement et le TPB passe entièrement par les traits d’affects négatifs et d’impulsivité (médiation complète)
Peter Fonagy
Il a introduit une variable qui module l’effet du style d’attachement Il s’agit d’une capacité réflexive (RF) qui se développe par stades durant le développement Il existerait un module inné d’interprétation des états mentaux, et il ferait fondamentalement (neurologiquement) défaut chez plusieurs troubles mentaux comme l’autisme La pleine RF témoigne d’une capacité à se représenter les relations et les actes des autres et de soi en termes d’états mentaux et d’intentions (théorie de l’esprit)
Rf et régulation émotionnelle
La RF est une habileté qui repose sur les compétences cognitives acquises durant le développement d’une théorie de l’esprit
La RF a une fonction psychologique particulièrement utile dans le contexte de la régulation émotionnelle (hot cognition)
L’habileté de pleine RF peut être utilisée ou non (on/off) dans certains contextes
Si la pleine RF n’est pas disponible, l’individu régule ses émotions dans un mode antérieur du développement de la RF
Les stades du développement de la RF
Représentation du soi corporel (0 à 8 mois) : module inné de détection des contingences avec préférence pour les accords parfaits, ayant donc d’abord pour but l’autodétection
Attitude téléologique (8 mois à 2 ans) : l’enfant commence à penser aux actions comme menant à un but, il se voit donc comme un agent téléologique (se rapportant à des effets de causalité); l’enfant peut comprendre l’intentionnalité mais que par le biais du monde physique, visible (concret) (voir l’étude de l’obstacle qui disparait)
Mode d’équivalence psychique (2e à 3e année) : l’enfant commence à considérer les états mentaux des autres mais seulement dans la mesure où ils sont perçus comme équivalents aux siens ; ce qui est mental existe dans le monde et l’inverse - les pensées sont vécues comme trop « vraies »(ex. costume de Batman)
Mode «comme si »(pretend mode) (3e à 6e année) : l’enfant comprend les autres et lui-même comme ayant des désirs et croyances de nature représentationnelle; cependant, l’expérience est trop séparée de la réalité extérieure (trop peu vraie)
Mode réflexif ou mentalisation proprement dite (vers la 6e année et ensuite) : l’enfant peut associer sa mémoire à ses activités intentionnelles dans une organisation temporelle et causale cohérente (soi autobiographique)
Survient par le biais du jeu qui intègre les modes d’équivalence et de « comme si »
Régulation téléologique
Ça prend une cause visible pour expliquer un effet visible
Les états mentaux sont invisible, ils ne causent donc pas les actions
Explique pourquoi l’enfant pense que c’est son comportement qui cause les actions de ses parents
Tyrannie de la causalité du visible, non-mental
Régulation en équivalence psychique
Les états mentaux existent mais l’émotion du sujet prend toute la place, elle est trop «vraie » (mental = réalité)
L’émotion est entière et intense; le sentiment est la réalité; la tristesse veut dire que la situation est désespérée
Il n’y a qu’une perspective possible, source de conviction inébranlable; une action ne peut avoir plusieurs causes ou elle ne peut être expliquée de plusieurs façons
Régulation en « comme si »
La pensée symbolique s’installe mais elle est déconnectée des émotions, théorique
Les émotions ne sont « pas assez vraies »
Plusieurs perspectives sont possible mas elles ne sont pas intégrées à l’expérience (= du blabla)
- Comprendre ne calme ou soulage pas
Tyrannie de la déconnection (dissociation)
Régulation en pleine capacité réflexive
Émotion et pensée symbolique sont intégrées, prise de distance possible
Permet de réduire l’intensité émotionnelle
Plusieurs explications du comportement des autres sont possibles
L’état mental des autres peut être considéré, donc leur part de responsabilité dans l’interaction
Le sujet a une représentation complexe de lui-même, stable dans le temps
Une émotion n’est juste qu’une émotion, elle passe
L’individu borderline peut vivre des expériences émotionnelles sur des modes de mentalisation antérieurs à la pleine RF …
Téléologique: besoin de preuves ou de signes concrets d’amour (par ex. contact physique, efforts particuliers comme voir un client le dimanche; «causer» de l’affection par l’automutilation)
Équivalence psychique: l’individu a peur de ses pensées, il ne veut plus penser, elles sont trop douloureuses (être vraiment mauvais; souffrance psychologique plus douloureuse que physique; intolérable)
«Comme si»: les pensées sont dissociées, dépouillées de leur réalité psychique (éléments traumatiques dits de manière banale)
Thérapie basée sur la mentalisation (MBT)
Modèle de psychothérapie manualisé qui a démontré son efficacité auprès d’adultes TPB
Vise à améliorer la capacité réflexive (thérapeute ne prend jamais rien pour acquis, force l’autre à explorer)
Programme en hôpital de jour de 18 mois qui combine thérapie individuelle et de groupe
A été appliqué à d’autres populations cliniques
Abus sexuels
Selon Michael Stone, le fait que les femmes soient davantage victimes d’abus sexuels (2 à 3 x plus que les hommes) explique que le TPB touche plus particulièrement les femmes (75%)
La sévérité des abus (pénétration, répétition, parenté) est corrélée à la pathologie borderline
Cependant, l’expérience d’abus sexuels dans l’enfance n’est ni nécessaire ni suffisant pour le développement d’un TPB, selon Zanarini (juste un stresseur supplémentaire)
Dérégulation émotionnelle
L’invalidation peut prendre plusieurs formes
Commentaires invalidant les émotions, pensées, besoins et autres états mentaux (dévalorisation, critique, déni, réactions de colère)
Invalidation des comportements (punitions excessives et invalidantes)
Minimisation des difficultés (pas de soutien, mépris)
Invalidation du sens de soi et des comportements auto-initiés (impose besoins, pensées, nie individualité)
Les effets d’une application systématique ou chronique des réponses invalidantes produit …
Une hyperactivation émotionnelle (réactivité plus grande)
Une dérégulation cognitive et attentionnelle (difficulté à se concentrer sur les émotions car hyperactivé par ex.)
Un déficit dans les habiletés émotionnelles (manque de mots pour dire les émotions, alexithymie)
Des émotions secondaires (sentir de la honte au lieu de la tristesse)
Une dérégulation émotionnelle (agirs impulsifs au lieu d’habiletés relationnelles)
Une passivité dans la résolution de problèmes (dépendance, résignation acquise)
L’auto-invalidation (manque d’estime de soi, pessimisme)
Une dérégulation sociale ou interpersonnelle (ne prend pas sa place, attire des relations toxiques, victimisation)
Pour faire un borderline, il faut donc:
une vulnérabilité biologique
une vulnérabilité du développement de la personnalité (→ environnement interne), qui actualise la vulnérabilité biologique et fragilise les fonctions psychologiques
ainsi qu’une histoire de stresseurs (par ex. abus) qui accentuent la désorganisation du fonctionnement de la personnalité