Corps Organique Flashcards
Ces corps qui comptent, Judith Bulter
Le corps peut apparaître comme une construction culturelle. S’il est bien souvent considéré uniquement dans la pure matérialité de sa chaire fonctionnant comme un automate autarcique, il ne serait toutefois pas imperméable aux logiques sociales, culturelles et politiques. Judith Butler en déduit que le corps serait alors l’objet d’une matérialisation de l’ensemble des structures symboliques de ces logiques. La société est donc un miroir déformant qui constitue le corps plus qu’il ne le reflète : Le moi corporel, écrit-elle, produit à travers l’identification n’est pas lié par imitation à un corps biologique ou anatomique. Le corps dans le miroir ne représente pas un corps qui est, pour ainsi dire, devant le miroir : le miroir produit le corps comme son effet délirant, un délire que nous sommes contraints de vivre (Ces corps qui comptent). La philosophe américaine focalise cette réflexion sur les questions de sexualité et de genre. De son point de vue, les structures et les représentations sociales ou juridiques imposeraient un cadre excessivement rigide à l’individu, tout particulièrement dans le choix de l’identité sexuelle. Par exemple, la Cour de Cassation française ne reconnaît pas de “sexe neutre” (arret 4 mai 2017) une décision que Judith Bulter considère comme révélatrice du déterminisme sociétal et culturel des sociétés contemporaines. Le corps pourrait donc etre le fruit d’une construction culturelle.
La fabrique du corps, André Vesale
Le corps humain est un objet de connaissance. La Renaissance a constitué l’opportunité d’une découverte approfondie des caractéristiques du corps. C’est notamment la pratique de la dissection qui a rendu possible la représentation précise des mécanismes du corps. Telle était l’ambition de l’anatomiste André Vesale, Les médecins à la façon des geais, parlant de choses qu’ils n’ont jamais abordées de près, mais qu’ils ont prises dans les livres et confiées à leur mémoire, sans jamais regarder les objets décrit, plastronnent, juchés sur leur chaire et y ont de leur couplet (La fabrique du corps). L’anatomiste considère que tout bon médecin doit, pour comprendre le fonctionnement du corps, passer par l’étape de la dissection, telle que mise en scène par exemple par Rembrandt dans La Leçon d’anatomie du docteur Tulp . Observé et étudié de manière scientifique, le corps constituerait alors pleinement un objet de connaissance.
Les potentialités du corps, Michel Serres
Le corps humain serait doté d’une capacité de métamorphoses. Le corps humain semble doué d’une possibilité infinie de métamorphoses : invention de gestes techniques sophistiqués, d’attitudes sportives ou de postures artistiques. Cette créativité corporelle constitue peut-être même l’une des différences entre l’homme et l’animal. C’est ce que met en évidence le philosophe Michel Serresdans son interview sur les potentialités du corps. Le philosophe, se demande ce qui distingue le corps animal du corps humain. Pour lui, le corps humain se caractérise par sa capacité à « se transformer », « se métamorphoser ». Il analyse le cas des sportifs (différentes façons de sauter en hauteur), de certains métiers (menuisier par exemple), qui requièrent une forte capacité à produire des gestes différenciés, précis et distinct, pour atteindre leurs objectifs. Il en va de même des artistes (comme le pianiste), et à plus forte raison du danseur qui crée des positions extraordinaires. L’être humain peut modifier son corps, ce qui n’est pas le cas du crabe ou de la pieuvre. On peut comparer le corps humain à un Arlequin, composé de mille couleurs possibles. Le corps humain se caractérise donc par la possibilité de changement indéfinie. Mais cette possibilité nous permet de mettre en évidence une autre caractéristique : celle de l’inventivité.
Lettre au Marquis de Newcastler, Descartes
Le corps humain peut etre comparé à une machine. De ce point de vu, les différents organes du corps fonctionneraient comme les rouages d’une machine. Descartes affirmait que le corps est une machine élaborée, fonctionnant selon les lois universelles de la nature, et en cela indépendante d’un mécanicien particulier : “les bêtes agissent naturellement et par ressorts, ainsi qu’une horloge” (Lette au Marquis de Newcastle). Cette théorie de “l’animal-machine” explique le comportement animal par instinct, soit un ensemble de mécanismes qui s’activent automatiquement en réaction aux signaux produit par les circonstances. Réduisant ainsi l’animal à son corps, le philosophe identifie “les bêtes” à de pures combinaisons de pièces formant des rouages sans conscience ni pensée. Si l’homme est, lui, plus qu’une machine c’est grâce à l’union entre son corps et son ame qui lui confère sa capacité à raisonner dans un contexte particulier, laquelle dépasse le simple mécanisme matériel et mathématique. Ainsi, le corps pris isolément peut etre décrit comme une machine.